Transcontinental Race No4 – Day 7

Transcontinental Race No4 – Day 7

A la découverte des Balkans

Croatie, 297 km, 2960 m D+, 17h40
vendredi 5 août

Je suis réveillé vers 4h45 par des bruits de cuisine que j’entends dans le café. C’est pas vrai, il y a quelqu’un là-dedans… Je me dis qu’il ne va pas falloir que je traîne trop pour ne pas avoir une mauvaise surprise. En sortant sur sa terrasse, le propriétaire pourrait devenir hostile en découvrant un cycliste pouilleux qui a éparpillé ses affaires sur les deux mètres carré que je me suis accordés pour squatter. Mais impossible de me lever. Je reste dans mon duvet encore un peu et décide de lever le camp à 5h30. Même pas 1h30 de sommeil. Je sais que je vais être obligé de m’arrêter dormir dans la journée, je ne tiendrai jamais.

Mon refuge pour la nuit du 6ème jour
Mon refuge pour la nuit du 6ème jour

Le jour s’est levé et je découvre mes premiers paysages des Balkans. Que je suis content d’être ici, je n’y ai jamais mis les pieds et ça représente vraiment l’aventure pour moi.

Je rattrape ma trace GPS, 20 km après être parti, et arrive dans la première grande ville de la journée, Rijeka. J’aperçois la mer, et je réalise à ce moment que c’est l’Adriatique (bien aidé par un texto de Christophe qui y fait allusion dans son message).

Premiers regards sur l'Adriatique
Premiers regards sur l’Adriatique

Je fais un stop petit déjeuner dans la ville et je repars en passant dans des petites rues qui montent et qui tournent. Je sens l’itinéraire foireux… Je m’engage dans une voie sans issue, qui se transforme en chemin et qui disparaît ensuite totalement. Sur la carte de mon GPS c’est censé passer. Sur le terrain ça ne passe pas vraiment, du moins en restant sur le vélo. J’aperçois en contrebas la route que je dois rejoindre. Je porte mon vélo dans les caillasses et descend le talus en manquant de me casser la figure. Il me reste à descendre mon vélo du muret qui fait environ un mètre et à sauter sur la route. Rien de cassé.
Les automobilistes qui passaient à ce moment là ont du bien rigoler.

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Piste alternative pour rejoindre la route principale…

Pendant que j’effectue mon périlleux numéro de cirque, je vois un rider filer devant moi. Je ne suis donc pas seul dans les parages.

Ceci m’a permis de rejoindre la route qui longe la côte pendant 50 km. Le début est fantastique car je suis vraiment près de la mer et quand je vois des baigneurs nager dans l’eau claire bleu azur, j’ai franchement envie de m’arrêter piquer une tête.

Le calme règne sur la mer Adriatique en début de matinée

La suite est moins drôle car la circulation deviendra de plus en plus dense jusqu’à de véritables bouchons à l’entrée des stations balnéaires. Beaucoup de touristes allemands et italiens viennent apparemment profiter des côtes Croates. La chaleur devient écrasante et je dois m’arrêter au moins deux fois dans des stations service pour ravitailler en eau. Dans celles-ci, de jolies jeunes filles en T-shirts blancs proposent aux automobilistes de laver leur pare-brise. Je ne suis pas sûr que les lectrices et lecteurs de « Causette » apprécieraient, mais on va dire que ça fait de l’emploi…

Près de 38°C sur la route de bord de mer
Chaleur éprouvante pour l’organisme

Je quitte la côte vers midi pour monter sur le plateau. Une bosse de plus de 600 m de D+ m’y emmène. La fatigue m’assaille dans la montée et je somnole sur mon vélo. M’endormir sur le vélo en montée ne m’était jamais arrivé. Autant dire que la descente qui m’attend derrière est un vrai calvaire. Je m’arrête dès que je peux, en l’occurrence aux abords d’un restaurant dont les murs m’offrent un peu d’ombre et de quoi m’adosser pour dormir.

Dans la montée qui m’emmène sur le plateau

Je roulerai ensuite pendant 120 km sur la route 50, dans une longue plaine qui me fascinera. La route est une grande ligne droite très peu fréquentée, mais néanmoins en excellent état. La température est redevenue raisonnable avec peu de vent. Les conditions sont idéales pour profiter du spectacle. J’ai l’impression d’être un pionner dans le Far-West américain.

Sur la route 50
Sur la route 50

Je longerai pendant plusieurs dizaines de kilomètres une voie ferrée sans jamais voir de train. Je croise de temps en temps un autochtone sur un tracteur d’un autre temps. Mais ce qui m’a le plus frappé c’est l’hétérogénéité de l’habitat. Ici se côtoient des maisons partiellement détruites, d’autres à l’abandon, d’autres habitées mais partiellement construites, d’autres encore flambantes neuves. J’imagine que ce sont bien des stigmates de la guerre d’ex-Yougoslavie que j’observe, et je regrette de ne pas connaitre mieux l’histoire des événements terribles qui se sont déroulés dans cette région au début des années 90. C’était il y a 20 ans. C’était il n’y a pas si longtemps.
L’ambiance est saisissante et c’est un des moments les plus forts de cette aventure, qui me marquera beaucoup.

Eglise détruite
Maison détruite

Physiquement ça va plutôt bien, à part le fessier. Le profil plus plat et plus roulant m’impose de rester plus sur la selle, et je souffre. Certains moments de la journée sont plus critiques que d’autres et j’entame la plaquette de paracétamol pour tenter de me soulager.
Mécaniquement, pas de problème majeur. J’ai un claquement qui est néanmoins apparu et qui semble venir du boîtier de pédalier, que j’avais changé avant de partir. Cela m’inquiète un peu et cela m’agace car j’aime rouler sur un vélo le plus silencieux possible.

Durant cette septième journée j’aurai écumé les stations service pour me ravitailler et me reposer. A l’arrêt dans l’une d’entre elle, je vois deux riders passer à toute vitesse.

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Ravitaillement à la station service

Il s’agit de la paire 212, Andrew et James, deux Anglais très sympathiques qui m’attendront quelques mètres plus loin pour discuter. Je n’ai vu personne de la journée, et ça fait du bien de parler et de rigoler entre forçats de la route.

Andrew et James, Pair 212

Ils sont plus rapides que moi sur le plat et je les laisse filer. De nouveau seul, je commence à calculer et à regarder jusqu’où je peux pousser ce soir. La ville de Knin, en bas d’une descente me paraît être un bon choix.

La nuit tombe. Rouler sur du plat m’a permis de recharger mon GPS et téléphone correctement, je suis serein aujourd’hui sur cet aspect.
Le profil devient plus vallonné et plus éprouvant en cette fin de journée. Je vois au loin des éclairages furtifs dans le ciel. Pas une seconde je pense qu’il peut s’agir d’orages vu la météo que j’ai eue tout au long de la journée. Je finis tout de même par comprendre que ça gronde au loin. La dernière descente m’emmène sur Knin un peu avant 23 h.
Je pensais trouver une ville endormie, je trouve une ville en pleine effervescence : ce soir c’est la fête à Knin.
Tout le monde est dehors, il y a un vacarme pas possible avec de la musique, et la foule a colonisé la rue. Je comprends que ça va être compliqué pour trouver un endroit paisible. Je m’arrête pour faire le point. Un homme complètement soûl vient m’interpeller pour probablement tenter de m’aider, il n’a pas l’air hostile mais je me méfie. Je lui dis que je n’ai pas besoin d’aide mais il insiste en me tapant sur l’épaule. Je fais signe à un policier de venir me libérer de ce fardeau. Celui-ci me vient en aide et demande calmement à l’individu de s’éloigner.  Il m’indique la sortie de la ville, car cet événement m’a définitivement fait prendre ma décision de continuer ma route. Je le remercie et il me répond « You’re welcome ». Je trouve cela classe.

Je repars avec un coup au moral. Je suis fatigué, et maintenant la route monte.
Heureusement, moins de 20 km plus loin, je trouve au sommet d’un petit col un café avec un grand parking où un poids lourd est stationné. La terrasse du café fera parfaitement l’affaire. Seul un chat, qui doit penser être le propriétaire des lieux, n’a pas l’air d’accord avec mon choix. Il viendra inspecter les lieux pendant que je sors mes affaires, et probablement dans mon sommeil.
Je m’endors vers 00h30.

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Activité Strava Day 7 – Croatie, 297 km, 2960 m D+, 17h40

7 réflexions sur « Transcontinental Race No4 – Day 7 »

  1. Pour avoir une idée de la guerre des Balkans lire le roman de Clara Uson : La fille de l’Est. C’est un roman mais à partir d’une histoire vraie, celle de la fille du général Serbe Mladic. Très émouvant et instructif.

  2. Encore deux épisodes qui m’ont tenu en haleine! La chaleur j’aime. Les incertitudes de navigation, j’aime pas! J’utilise GPS et cartes quand je peux, les erreurs sont toujours venues par le GPS ! Ex hier, deux villages portaient le même nom, je me suis retrouvé là où je ne voulais pas!!! Continue ton récit, avec les photos on s’y croit

    1. Merci Jean-Michel. Je suis d’accord avec toi pour les cartes, j’adore aussi mixer les 2 types de navigation, mais sur la TCR j’avais choisi de ne pas prendre de cartes faute de place pour les placer sur le cockpit et/ou dans les sacoches.

  3. il me répond « you’re welcome » je trouve ça classe… ahhaha, tu me fais rire.
    On les a bien suivi les 212, ils étaient bizarres, il ne roulaient pas souvent ensemble mais finissaient toujours par se rejoindre :).

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