Gravel Tro Breizh 2019 #4

Gravel Tro Breizh 2019 #4


Épilogue

J’avais prévu de me lever à 6h et de partir tôt pour rentrer rapidement chez moi. J’émerge vers 8h et descends prendre mon petit déjeuner.
Je commence à sentir les douleurs dans mon corps, surtout aux pieds et aux mains.
Je retourne ensuite chez Laurent pour aller chercher un sac que j’avais oublié dans sa voiture la veille. Je discute un peu avec lui et sa famille qui me fait un accueil chaleureux. Je leur offre le gâteau breton que l’on a eu la veille du départ en guise de cadeau participant, pour les remercier encore de ce qu’ils ont fait pour moi.
C’est finalement une bonne chose de dire au revoir à Rennes comme ça, la transition est douce et chaleureuse. 

Des regrets ?

De retour au calme, je lis les réponses à mon dernier post Facebook datant de la veille, annonçant que je coupais par la route. Tous ces messages sont vraiment réconfortants et touchants. Mais il y a quelque chose qui me gêne. Je lis les mots de « regret », « frustration », « abandon ». J’étais très clair avec ma décision hier, mais cela devient plus confus. J’ai aussi peur d’avoir déçu tous ceux qui m’ont soutenus.
J’avais échangé quelques messages avec David au moment de prendre ma décision la veille, il m’avait dit « il ne faut pas que tu aies de regrets ». Je commence justement à en avoir, des regrets, et je dois reconstruire intellectuellement mon cheminement pour me convaincre à nouveau que j’ai fait le bon choix. 
Pour être honnête, je commençais à être à bout mentalement et même physiquement. Je sais pertinemment que j’aurais pu tenir 24 heures de plus, et d’ailleurs j’étais parti pour continuer puisque je venais d’acheter de quoi réparer mes pneumatiques. Mais le message de l’organisateur s’est présenté comme l’opportunité et même comme l’autorisation d’en finir plus rapidement, et je l’ai saisie.
J’assume mon esprit de compétition, je n’ai aucun problème avec ça. Ah oui parce que la Gravel Tro Breizh n’est pas une course, c’est un brevet, avant tout pour des raisons administratives (il serait bien trop compliqué d’obtenir les autorisations nécessaires pour en faire une épreuve chronométrée officielle). Mais la tête de course se tire la bourre, clairement, comme sur toutes les épreuves de ce type, et personnellement je trouve ça super. Alors en tant que compétiteur, lorsque j’ai vu que j’étais effectivement DNF, ça m’a fait un peu mal, car cette boucle je l’ai faite en entier (ou du moins j’étais parti pour), et nombreux sont les « finishers » qui ont fait de sacrées coupes…
Mais je comprends. J’ai annoncé que « j’arrêtais la trace officielle » et non que je « continuais par la route ».
Deux jours après, je me retrouve pourtant complètement tranquille et serein par rapport à ce choix. J’en suis même fier car je me suis arrêté avant de trop m’abîmer, et j’ai refusé de continuer à rouler sans aucun plaisir. J’aurais été sur une course très loin de chez moi, mon choix aurait été peut-être différent. Peut-être.
Finalement ceci m’a confronté à une situation que je n’avais jamais rencontrée jusque là. Faire le choix de l’abandon et l’assumer. J’ai encore appris, et c’est ce que j’aime particulièrement dans ce type d’épreuve.

Une course vraiment gravel ?

Voici la question qui peut fâcher. Ce n’est pas simple d’y répondre. Certes la météo a rendu les chemins beaucoup moins praticables qu’ils auraient pu l’être, où qu’ils ne l’étaient l’année dernière. Mais dès le deuxième jour, alors qu’il faisait encore beau, ça commençait à ne plus être très roulant.
Je pense que c’est une erreur d’avoir annoncé une course plus roulante que la précédente édition, car cela a influé sur le choix du matériel, et tout simplement sur l’envie de s’engager ou pas sur l’épreuve. En tous cas pour moi. J’aurais probablement pris mon VTT si j’avais su, mais il y a quand même pas mal de portions bitumées où le gravel est plus indiqué, donc c’est une question de choix personnel.
J’ai beaucoup poussé mon vélo, plus que sur l’Italy Divide et encore bien plus que sur la French Divide.
C’est vrai qu’il y a aussi eu quelques chemins aboutissant dans des propriétés privées qui nous ont obligé à faire demi-tour et à établir un itinéraire bis. Personnellement, ça ne m’a que très peu dérangé, ça fait partie de ce genre de course. « If you get lost, get unlost » comme disait Mike Hall.
Est-ce-que j’en veux à l’organisateur Fred pour autant ? Pas le moins du monde et j’insiste lourdement sur ce point. On ne peut pas exiger d’une personne bénévole, qui passe une grande partie de son temps libre à organiser une épreuve de ce type, de tout prévoir, de tout maîtriser, de tout contrôler. Si c’est ce que l’on cherche, c’est sur des épreuves type « Étape du Tour » ou « Roc d’Azur » organisées par ASO qu’il faut aller, et là je pense qu’on est en droit d’être très exigeant. Personnellement ces courses me font fuir, pour rester diplomate et poli.

Des conditions très compliquées

C’était peut-être une des pires semaines de l’année en terme de météo, et ça c’est pas de bol ! Mon pote météoro-cyclo Emmanuel m’a dit qu’au moins j’aurai vécu les conséquences de la tempête Yukon qui a perturbé une partie de l’Europe pendant quelques jours. Je peux dire « j’étais dedans ! »

Image satellite envoyée par Emmanuel lorsque j’étais dans la tempête Yukon !

Le vent et surtout l’humidité usent petit à petit le moral. Au delà de la désagréable sensation d’être trempé en permanence et d’avoir parfois froid, c’est surtout le terrain impraticable parfois sur plusieurs kilomètres à la suite qui m’a vraiment fait souffrir, et c’est vraisemblablement ce qui a causé beaucoup d’abandons.
Un grand bravo à ceux qui sont allés jusqu’au bout par les chemins.

Bad choices make good stories

J’ai l’habitude de dire que je ne crois pas trop à la chance. Cette expérience n’a pas changé mon point de vue. Tout ce qui m’est arrivé, j’aurais quasiment pu l’éviter.
La première crevaison résulte d’une sacrée erreur d’inattention, on peut même dire, d’une belle connerie. Jamais je n’aurais dû aller mettre mes roues dans un endroit juché de tessons de bouteilles. Ceci a déclenché une série de galères.
Je pensais que les mèches, suite à mon expérience de la French Divide, étaient la solution idéale pour les grosses perforations. J’avais testé ça avant sur un de mes pneus de route Schwalbe, après 1500 km avec une mèche, le pneu tient parfaitement. Là, pas moyen d’y arriver avec ces Maxxis Rambler. Je remets aussi en cause le préventif Muc Off qui n’a pas l’air très performant. Ça, je ne l’avais jamais testé avant, c’est une erreur.
Pour protéger ma chambre à air, je n’ai pas voulu mettre mon unique billet de banque de 20 euros, alors que je sais que c’est la solution idéale. J’ai préféré un bout de plastique qui m’a semblé plus robuste. Robuste à tel point qu’il a détérioré la chambre à air.
Je n’aurai jamais dû partir avec seulement une chambre à air. Même si j’ai pu en racheter facilement sur le chemin, mon kit de réparation de crevaison était trop light. Il me manquait une chambre à air, il me manquait des rustines.
Mon téléphone qui tombe de mon vélo n’est pas de la malchance non plus. C’est une erreur d’inattention. Le bouton s’est enfoncé, mais l’écran n’a pas été brisé, ça c’est une chance.
Ces galères m’ont fait faire de belles rencontres, courtes mais intenses dont je garderai de très beaux souvenirs.
Bruno mon sauveur de téléphone, Yannick de la crêperie qui m’a offert un abri, Étoile dans sa voiture filante, Laurent mon chauffeur-sauveteur.
Sans oublier Fred, l’organisateur bienveillant, et les autres participants avec qui j’ai échangé quelques mots.
Rien que pour ça, l’aventure valait le coup d’être vécue.

Retour sur le matériel

Je vais commencer par les pneus !
J’aime beaucoup ces Maxxis Rambler avec lesquels j’ai fait deux Malteni Bootleggers. Je les avais donc assez bien testés, mais pas dans des conditions extrêmes non plus. Leur point faible est-il leur résistance à la coupure ? Pas sûr qu’avec d’autres pneus c’eût été mieux. En tous cas, j’ai roulé un bon paquet de kilomètres sous gonflé, parfois avec moins d’un bar, et même complètement à plat. Les flancs sont comme neufs, et je n’ai pas eu une crevaison par pincement malgré la caillasse tapée en étant sous-gonflé.

J’étais parti avec des plaquettes neuves. Après 1400 kilomètres dans ces conditions, on peut dire qu’elles ont très bien tenu. Elles sont entamées à environ 2/3. Même en version résine, les plaquettes d’origine Shimano sont vraiment excellentes.

Plaquettes après 1400 km en conditions humides et boueuses

Pour le reste, le matériel a tenu le coup. Pour ceux qui connaissent un peu le matériel vélo, mon vélo est en QR 9 mm à l’avant et à l’arrière, je trouve que ça manque un peu de rigidité par rapport à du Thru Axle 12 mm, mais c’est peut-être dans la tête.
J’ai marqué fortement ma jante avant – No Tube Grail – en tapant forcément sur une pierre. Je pense que la jante est irrécupérable car le plat est prononcé et les rebords sont enfoncés vers l’intérieur. Probablement à changer. J’ai essayé de piloter propre dans les parties techniques, mais pas sûr que j’y sois toujours arrivé avec la fatigue.

Mon paquetage

Voici la liste de ce que j’avais emporté :

  • Kit que j’avais en permanence sur moi : cuissard court, T-shirt thermique manches longues, jersey court mérinos, 1 paire de chaussettes, casquette, chaussures VTT , casque
  • Habits supplémentaires : veste Gore Tex, gants courts, gants longs, jambières mérinos, 2 buffs, lunettes
  • Kit couchage : duvet, matelas de sol gonflable, sac à viande en soie, doudoune, oreiller gonflable, couverture de survie
  • Kit alimentation : deux bidons de 700 ml, une spork, un canif, 4 barres de céréales, un sac à dos pliable
  • Kit visibilité : moyeu dynamo SP + Supernova E3 Triple sur le vélo, une frontale Exposure Light sur le casque, 2 lampes arrières Decathlon, un gilet haute visibilité
  • Kit réparation : 1 chambre à air (!), rustines autocollantes, mèches, manomètre, tool, démonte pneu, patte de dérailleur, 1 paire de plaquette, lubrifiant, colliers Rilsan, scotch 
  • Kit électronique : GPS Wahoo Elemnt, Powerbank 20 Ah, plusieurs câbles USB, Powerbank 3 Ah, chargeur
  • Kit pharmacie : crème, doliprane, lingettes désinfectantes, PQ
  • Autre : pochette pour mettre la monnaie, le passeport GTB, la CB, la carte d’identité

Je me suis servi de quasiment tout. À refaire, je ne partirai pas plus chargé…

Bilan chiffré

Temps total 135 h
Distance totale 1 415 km
Dénivelé total 16 500 m
Temps hors arrêts nocturnes 112 h
Temps de sommeil estimé 14 h
Nombre d’arrêts crevaison* 26
Temps d’arrêts crevaison* 10h15

*Arrêt crevaison : simple regonflage, pose rustine, pose mèche etc.

Jour Km D+ Temps de roulage**
1 308 km 3 000 m 18h45
2 263 km 3 500 m 20h20
3 215 km 2 300 m 17h40
4 207 km 2 350 m 16h15
5&6 421 km 5 400 m 39h00

** Temps avec les pauses, hors arrêts nocturnes

Gravel Tro Breizh – The wheel

Bilan

Vous l’avez compris, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi dur.
J’ai poussé le vélo plus que ce que je l’imaginais, et comme dit précédemment, c’est la course de bikepacking où j’ai le plus pratiqué cet exercice (mais en même temps ce n’est que ma troisième épreuve offroad longue distance). Une chose est sûre, c’est que je n’aime pas ça et m’engager sur une HT550 ne me fait pas vraiment envie pour cette raison.
Autre particularité à laquelle je ne m’attendais pas : les courses poursuites avec les chiens ont été particulièrement stressantes. J’ai eu bien plus peur sur cette GTB de la férocité des chiens dans les fermes, pour la plupart non attachés, que ceux rencontrés pendant la TCR dans les Balkans.
Forcément, cette Gravel Tro Breizh a laissé des traces. J’ai mis une semaine à récupérer de la fatigue liée au manque de sommeil, c’est plutôt normal. Mais plus de deux semaines après ces (seulement) 6 jours de course, je ressens encore les douleurs physiques aux mains et aux pieds, sans parler des tendinites.
Cela ne m’empêche d’avoir envie de repartir ! Je ne sais pas quelle sera la prochaine, pourquoi pas la Gravel Tro Breizh 2020 si elle a lieu, pour prendre ma revanche !

 

7 réactions au sujet de « Gravel Tro Breizh 2019 #4 »

    1. Merci Paul. Bravo à toi surtout d’avoir terminé cette épreuve en moins de 6 jours, après avoir été en tête tout du long ! Énorme performance encore ! J’aimerais bien en discuter avec toi à l’occase 😉

  1. Un grand « Bravo » pour cette participation compliquée et cette ténacité face à l’adversité et la multiplication des crevaisons.J’ai suivi cette épreuve avec d’autant plus d’attention que mon fils Antonin y participait ,j’ai pu constater (derrière mon écran)les difficultés rencontrées liées notamment à une météo dantesque.Chapeau bas à tous les Warriors de cette GTB finisher ou non .
    VTTiste depuis plus de trente ans une participation me démange mais est -ce bien raisonnable ….

    1. Merci. Moi je dis que si tu as envie de te lancer, et bien il faut le faire ! Se tester d’abord en tout terrain sur 150-200 km sur une journée – si ce n’est déjà fait – et puis enchaîner. On a qu’une vie, quel risque de tenter même sans terminer ? Donc oui c’est tout à fait raisonnable 😉

  2. Bravo Sylvain pour ta performance, ton recul par rapport à cette aventure. La qualité de ton récit et sa précision démontrent que tu es un homme dont les jambes fonctionnent bien mais la tête aussi !

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