Gravel Tro Breizh 2019 #1

Gravel Tro Breizh 2019 #1

 

Prologue

Il est deux heures du matin lorsque j’atteins le CP8, la Chapelle Saint Hervé près de Louargat. Je fais un selfie pour attester de mon passage. Cela fait 115 h que je suis en course avec près de 1200 km parcourus. J’avais prévu de terminer la veille, mais il me reste encore 300 km avant d’arriver à Rennes, et donc un sacré paquet d’heures de selle…
Tout ne s’est pas passé comme prévu.

CP8 – 2h00 du matin le 6ème jour

Chacun a sa définition du gravel, j’ai forcément la mienne. Le gravel vient des US. Là-bas, il y a des grands espaces avec de longues pistes en gravier, ça roule, ça déroule avec un gravel, plus qu’avec un VTT.
La Malteni Ultra CX faite un mois plus tôt sur 250 km est une parfaite adaptation de cette pratique sur les sentiers de Belgique et du nord de la France. Une alternance de secteurs bitumés, de pistes, ça peut grimper très sec, mais ce n’est jamais trop technique. Pour moi c’est ça le gravel.

La deuxième édition de la Gravel Tro Breizh est annoncée comme étant plus roulante que la précédente malgré un allongement de 400 km. Je ne tergiverse pas longtemps entre VTT et gravel, je prends mon gravel, mon Trek aluminium qui m’a amené jusqu’en Turquie lors de ma TCR 2016, et que j’ai reconverti en tout terrain avec des pneus de 40 mm et un cintre spécial.

La veille du départ nous sommes près de 120 à être réunis dans la banlieue de Rennes pour le retrait des dossards, briefing puis repas. Je suis impressionné par l’organisation de Fred, tout est impeccable. Il a quasiment tout fait tout seul. Lorsque je le vois, je le félicite pour la qualité de sa communication. Fred est un type qui fait preuve de générosité, de bienveillance et d’empathie bien dosée. Il ne fait pas tout ça pour sa propre gloire, mais il est bien là pour les coureurs, pour les rencontres. Je suis admiratif de cette simplicité efficace et honnête.

Briefing de la GTB 2019


Jour 1

308 km, 3000 mD+, 18h45
dimanche 5 mai

Le lendemain je suis au camping des Gayeulles vers 6h30, les départs commencent un peu avant 7h00. Je n’en reviens pas de voir la charge qu’emmènent certains participants. A contrario, on me fait souvent la remarque que je suis très (trop) light… On verra. La météo s’annonce très fraîche pour ce début d’épreuve, j’ai bien réfléchi à mon paquetage, j’ai fait des choix.

Mon paquetage empaqueté !
Le vélo avant le départ

Je pars dans le même sas que Paul, le premier finisher de l’an passé. C’est un robuste cycliste qui roule fort, qui s’arrête peu, très aguerri. Il était là sur les deux BTR que j’ai faites. Je suis content de discuter un peu avec lui. Il y a Sam aussi dans mon sas.

Je pars doucement et reste avec un petit groupe qui roule à un rythme parfait pour un début d’épreuve. On rattrape petit à petit les coureurs partis avant nous. La température est fraîche, mais il fait bon, c’est agréable.

Premiers kilomètres

Je double un concurrent qui me salue par mon prénom. « Tu ne me connais pas, mais je te connais, j’ai lu ton blog plusieurs fois. C’est toi qui m’a donné envie de me lancer dans ce type d’aventure. C’est grâce à toi que je suis là Sylvain » me lance Samuel. Je suis très touché par ces mots, je le remercie et continue ma route.

Je m’arrête à Redon pour déjeuner 30 minutes. Certains ont pris de quoi se ravitailler pour cette première journée, moi je préfère m’arrêter pour faire un bon stop. S’arrêter pour déjeuner, faire une pause, fait partie pour moi du plaisir en bikepacking.

Je roule désormais seul et j’arrive au CP1 à la Roche Bernard à 16h, kilomètre 161. Je suis content de retrouver Fred qui tamponne mon carnet.

CP1 à la Roche Bernard

Je me suis arrêté un peu avant prendre un ravito dans un boulangerie. À la sortie de La Roche Bernard, je vois une zone de tri sélectif pour jeter ma canette de Coca, que je ne voulais pas laisser dans une poubelle publique. Le temps que je m’aperçoive que l’endroit est truffé de tessons de bouteilles, un bref et puissant « pschittttt » retentit. Je n’y crois pas. Pourquoi ai-je été mettre mes roues à cet endroit… La coupure est nette, un bon centimètre.
Je pose une mèche en 10 minutes et je repars. Mais ça fuit, pas beaucoup, mais dès que le pneu subit des efforts transversaux, lorsque je suis en danseuse notamment, l’air s’échappe. Je m’arrêterai plusieurs fois par la suite, pour enlever la mèche, en mettre une autre, la compléter avec une deuxième plus petite, mettre de la colle. Rien ne marche vraiment, je dois regonfler régulièrement. Je perds une petite heure avec tous ces arrêts. Je m’en veux… mais j’essaie garder mon énergie pour avancer et trouver des solutions.

A Sarzeau, kilomètre 225, je ravitaille un peu avant 20h dans une boulangerie. Je me pose, et je poste sur Facebook que ces ennuis de pneumatique me démotivent. Les copains répondent de m’accrocher, que j’en ai vu d’autres etc. Autrement dit, répare, démerde-toi et fais le job. Ils ont raison.
Je mets une chambre dans le pneu, mon unique chambre à air. Et oui, je me demande encore pourquoi je n’ai pris qu’une chambre à air. No comment.
J’essaie de le nettoyer comme je peux en enlevant le préventif gluant que j’avais mis en quantité. Je place un de mes petits profils de trace plastifié dans le pneu à l’endroit de la coupure pour protéger la chambre et c’est reparti. Ça ira comme ça ! Mais je n’aime pas rouler en chambre, surtout en tout terrain, je sais que j’aurai des perforations… L’ensemble de l’opération, repas plus réparation, me prend une heure.

Je profite du coucher de soleil en m’arrêtant notamment devant l’île de Tascon. C’est magnifique et paisible. Je rattrape 2-3 coureurs, puis vers 21h30 je passe devant un grand hangar ouvert où ils sont une dizaine à s’être arrêtés. Ça donne envie de faire comme eux, mais il est beaucoup trop tôt pour moi. La météo s’annonce moins bonne dans 2 jours, et comme Paul, je veux rouler le plus possible les deux premiers jours avec le beau temps.

En face, l’île de Tascon

Je rattrape un jeunot très sympathique qui a perdu sa lampe avant, qui a cassé son câble de frein… cantilever. Il est optimiste et motivé. On parle tous les deux de s’arrêter à Lorient le lendemain pour réparer ce qui doit l’être. Je lâche mon acolyte dans une descente.

Je crève vers minuit, sur une petite route bitumée de campagne. Voilà, ça commence. La chambre à air est coupée dans le sens de la longueur, comme un pincement, mais avec une seule marque. Je ne comprends pas, je n’ai jamais vu ça. Je mets une rustine autocollante. Deuxième erreur après l’unique chambre à air emportée, je n’ai que des rustines autocollantes, certes des Parktool éprouvées, mais ça ne vaut pas les « vraies rustines ». Au moment où je range tout ça, un agriculteur arrête son Berlingo, surpris de voir un type en rase campagne sur le bas côté avec une frontale sur le casque. Je le rassure et le remercie de s’être arrêté.

Je finirai cette première journée vers 2h00 du matin à Camors, avec 308 km au compteur. Je me pose dans des toilettes publiques dans mon duvet, bien au chaud. C’était une belle journée, roulante, gravel. Avec une météo parfaite. La vie est belle.

Jour 2

263 km, 3500 mD+, 20h20
lundi 6 mai

Je démarre cette deuxième journée vers 5h45. Je suis passé de la 20ème place la veille à 20h, à la 4ème place, du fait d’avoir roulé une bonne partie de la nuit.
Le lever de soleil sur l’écluse de Trémorin est incroyablement beau. Un chemin de halage pour commencer la journée, c’est parfait.

Lever de soleil sur l’écluse de Trémorin (le Blavet)

Après une crevaison au kilomètre 46, j’atteins Lorient un peu avant midi. La trace passe juste devant un Décathlon, quelle chance ! Je ravitaille en chambres à air, rustines et mèches. Je jette un coup d’œil au rayon pneumatique, pas de tubeless en pneu gravel, fallait pas rêver non plus. Je change mon ancienne chambre à air dont je me débarrasse, et prends le soin de bien nettoyer le pneu et de replacer la protection en plastique à l’endroit de la coupure. Tout ça en moins de 45 minutes, c’est pas si mal.

Ravito crevaison au Décathlon de Lorient

Je repars confiant et j’atteins le CP2 à Lomener où je déjeune. Quand je repars, Lionel arrive, nous sommes respectivement 3ème et 4ème.

CP2 à Lomener

Le terrain devient beaucoup moins roulant. Beaucoup de chemins agricoles défoncés par les tracteurs, et une interminable section sur un GR quasi impraticable, parfois boueux, parfois avec des branches barrant le chemin. Il faut pousser le vélo sur plusieurs dizaines de mètres parfois.

Un des innombrables chemins boueux traversés

Je crève à nouveau en forêt et je m’arrête près d’agents forestiers qui me prêtent un chiffon pour nettoyer l’intérieur de mon pneu. J’observe la même entaille en longueur dans la chambre à air. En y regardant de plus près, il y en a plusieurs sur une dizaine de centimètres. Je viens de comprendre que la protection en plastique qui était censée protéger ma chambre à air était en train de l’endommager avec les frottements que génèrent le terrain cassant. Je pose 3 rustines, une sur le trou, les deux autres en préventif sur des zones qui me paraissent lésées.

Crevaison dans la forêt
La protection coupable de sabotage

Lionel me doublera dans l’après-midi après avoir partagé quelques kilomètres avec moi.
Je n’ai pas réussi à ravitailler avant la soirée. Chateauneuf-du-Faou était mon espoir, mais aucun des quatre restaurants de la ville n’est ouvert en ce lundi. Je vise le Mac Do de Quimper qui est à moins de 50 km, j’ai 3 heures pour y arriver avant la fermeture, j’essaie d’y croire.

Gravel vs gros tracteur forestier

Je me fais arrêter à la tombée de la nuit par une agricultrice hystérique. Elle m’attendait visiblement car celui qui est passé avant moi a dû lui dire qu’on était une palanquée à venir. Elle me parle d’arrêté municipal, d’interdiction aux vélos de passer un dimanche, d’appeler la police… J’ai du mal à suivre et à comprendre ! La colère inquiétante dans son regard me fait me raviser alors que j’étais parti pour forcer le passage. J’étudie le détour à faire, pas trop compliqué. Elle se calme, je la salue cordialement, mais mon Mac Do s’éloigne…

Le parcours alterne entre sections roulantes, et d’autres qui ne le sont pas du tout. Je suis tout de même étonné de cette deuxième journée en terme de parcours, je trouve ça vraiment dur, les kilomètres ne défilent pas vite. J’espère que la suite sera plus roulante.

Je crève au kilomètre 236. Je tente de regonfler car ça m’a l’air d’être une crevaison lente, mais je dois m’arrêter quelques mètres plus loin. Il est 23h30, mes envies de Big Mac se sont envolées depuis quelques temps déjà. J’en ai vraiment ras le bol de sortir une nouvelle fois mon matériel de réparation, de chercher la fuite que je ne trouverai pas. Je repars 20 minutes plus tard, en essayant de comprendre pourquoi mon pneu se dégonfle parfois rapidement alors que je ne trouve pas de fuite sur la chambre, et pourquoi il peut tenir la pression ensuite pendant plusieurs kilomètres.

À l’approche de Quimper, la trace aboutit à un moment dans une propriété privée. Je fais un bon détour mais à cette heure de la nuit je prends un coup au moral, car cela retarde encore ma progression.
Je passe un coup de fil à l’hôtel Ibis pas très loin pour savoir s’ils ont à manger. Ils n’ont rien et l’hôtel est complet, je continue ma route jusqu’à Plonéis où je m’arrête pour la nuit. En cherchant un endroit pour dormir, je passe à côté de Florent, le 2ème. Je ne l’avais pas vu et je crois l’avoir réveillé ! Je m’installerai de l’autre côté de la rue sous le porche d’une auto-école, bien à l’abri. La nuit est moins froide que la veille, je grignote deux-trois biscuits qu’il me reste et je m’endors pour 3 heures de sommeil, bien installé.
Seulement 260 kilomètres pour plus de 20 heures de sortie aujourd’hui, ce n’est pas mieux que sur la French Divide. Certes les crevaisons m’ont retardé, mais je me suis quand même donné.
Mais le pire est à venir…

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