French Divide 2017 – Day 9

French Divide 2017 – Day 9

The final rush

400 km, 8300 mD+, 34h15
Haute-Garonne – Hautes-Pyrénées – Pyrénées-Atlantiques
dimanche 13 août

Je pars vers 5h20 du matin, GPS pluggé tout de suite sur le moyeu dynamo.

J’aime bien ces fins de courses-aventures. Je sais qu’il me reste environ 400 km à parcourir et j’ai l’intention de les faire one-shot. Je ne sais évidemment pas si mon état de fatigue me le permettra, mais il y a un côté excitant à tenter le coup et à voir comment le corps va réagir. C’est une sorte de pari, c’est comme un jeu. Et puis il y a un top 5 à aller chercher, peut-être même un top 3, mais il y a encore des gars du batch de vendredi devant, et aussi ceux du batch de dimanche derrière, alors je ne fais pas trop de calculs.

Je retrouve Jean-Philippe qui s’apprête à repartir après avoir passé la nuit sur un banc.
« Ah c’est toi Sylvain ! Toi et Benjamin je vous checke depuis un moment sur Trackleaders ! »
Bin voilà c’est fait, j’ai rattrapé Jean-Philippe, alias Yeti Cevennes. On discute un peu, et je suis très content de l’avoir brièvement rencontré car Jean-Philippe est vraiment un type sympathique.

Jean-Philippe (Yéti Cévennes) ©Milopix

Après avoir bien galéré pour trouver le ravitaillement du petit matin, je me vois refoulé à l’entrée du village de Labroquère pour la raison suivante : il y a une démo de la patrouille de France, de ce que j’ai compris. Impossible de passer pour cause de Vigipirate etc. Je négocie pendant près d’un quart d’heure avec les bénévoles qui barrent la route, rien n’y fait, French Divide ou pas, les gars appliquent les consignes. Le problème c’est ce qu’ils ont du mal à me conseiller un itinéraire bis. Enfin pas tout à fait, l’un deux me conseille de passer par le col de Peyresourdes pour aller au Tourmalet. Ah bin oui tiens, bonne idée, un petit col hors catégorie à perpète pour rallier le Tourmalet !
Je finis par rebrousser chemin, très énervé. Vraiment très énervé. J’ai un col à monter moi.
Patrouille de France 1 – French Divide 0.
Ça fait 3h que je suis parti, je n’ai fait que 35 km. J’ai l’impression d’avoir perdu une heure. La réalité sera beaucoup moins catastrophique. Quelques kilomètres en plus et 30-45 minutes de perdues « seulement ».

Le premier col de la journée est vraiment sympa à grimper sur les chemins parfois roulants, parfois très pentus, mais je jardine à une intersection, ne comprenant pas où va la trace. Cette première partie de journée est décidément laborieuse.
Je ravitaille à Sarrancolin, nourriture pour moi et électrons pour mes électroniques et je retrouve Jean-Philippe qui s’arrête à la même supérette que moi. Lui a passé le « barrage » en forçant la main aux bénévoles. Il a bien eu raison.

Montée du Tourmalet par les chemins

Je savais que l’ascension du Tourmalet s’effectuait par les chemins, puis se terminait sur la route. Dans mes projections, une fois les chemins passés, c’était gagné. C’est tout l’inverse qui se passera. L’ascension par les chemins en VTT, c’est dur, mais c’est ludique et ça passe finalement bien. J’ai pris beaucoup de plaisir à rouler sur cette portion.
Les 10 kilomètres restant par la route seront un calvaire. Je reste collé au bitume, le soleil tape, il y a pas mal de circulation. Je ne dépasse pas les 8 km/h, et les panneaux annonçant les pentes à 10% me siphonnent le moral. Je m’arrête à La Mongie, à 4 km du sommet pour boire un coca et manger une glace, prétexte futile pour récupérer un peu.

Montée au Tourmalet

Le sommet est atteint à 16h30 et Thibaut et Clément, le génial photographe de l’épreuve, sont là pour m’accueillir.

Arrivée au Tourmalet ©Milopix

La descente sur Luz-Saint-Sauveur est faite pleine balle, mais la partie de plat jusqu’à Lourdes me fera déchanter. Déjà, ce n’est pas plat, et sur un profil de dénivelé où le Tourmalet fait paraître plat tout ce qui l’entoure, on a vite fait de se méprendre. Et puis il y a le vent de face dans la vallée du gave de Pau. Un gros vent de face.
« Tu préfères le vent de face ou la pluie ? » La pluie quand il y a vent de face. Le vent de face quand il pleut. Bref, comme tous les cyclistes je préfère le vent dans le dos avec du soleil.

Vallée du gave de Pau

Juste avant d’atteindre Lourdes, un VTTiste du coin nous a concocté une petite boucle de 4 km. Le genre de petite boucle sympa à faire le dimanche avec les potes. Le genre de petite boucle qui fait péter un câble à un French Divider qui a déjà plus de 15h de pédalage dans les jambes.
Pétage de plomb : acte 2. Samuel en prend sérieusement pour son grade, les noms d’oiseaux fusent à tout va alors que je pousse mon vélo dans les chemins cassants. Cette petite escapade se termine dans un camp de gens du voyage que je traverse avec une assurance… relative.

J’atteins enfin Lourdes vers 21h00. Je ne connaissais pas Lourdes. Ça valait le coup de faire la traversée de nuit. A Lourdes, se côtoient de façon tout à fait improbable des hôtels 4 étoiles, des supermarchés de bibelots pour chrétiens, des jeunes qui poussent des infirmes dans des chaises roulantes, des kebabs, du kitsch, et beaucoup de touristes.

Lourdes, ville improbable

Je quitte Lourdes vers 22h15 après m’être posé pour manger. Benjamin est 40 km/2h30 devant moi et s’est arrêté pour dormir. Ça, je ne le saurai qu’après en étudiant les données sur Trackleaders. Sur le coup, je vois simplement qu’il est devant.
La fatigue est bien installée et j’avance désormais dans la nuit.
Mon pote Manu m’envoie un texto me disant que si je veux gagner la French Divide, c’est maintenant qu’il faut mettre le turbo. Mes potes ont une grande confiance en moi… Je ne tiens pas trop compte des ces messages, même s’ils me font très plaisir, car je fais ma course.

Je dépasse Benjamin vers 1h du matin. Je repense au texto de Manu. Et si c’était faisable ?
Il y a un déclic, rapide et fulgurant. Je me mets à rouler à bloc dans la nuit à la lueur de mes phares sur les chemins pas toujours très roulants et parfois piégeux. La fatigue n’est plus là. Pendant plus de 4h j’envoie tout ce que je peux. Je me trompe plusieurs fois de chemins, je tombe, je pousse le vélo, je relance. Je suis trempé avec l’humidité de la nuit.
Vers 5h du matin, j’échange quelques textos avec Manu qui part au boulot (Manu est matinal). Trackleaders me dit que je suis devant car Benjamin fait visiblement une vraie nuit. Je me relâche et dors 30 minutes au bord de la route, épuisé.

Quand Benjamin repars à 6h30, je suis 60 km devant.
Sur le moment, je vois juste qu’il y a un écart significatif et qu’il faut que j’arrive avant 19h30 pour terminer avant le premier du batch 1, Pierre-Arnaud Le Magnan. Je vois que c’est faisable et je me mets à rouler plus cool, car j’ai peur de casser quelque chose sur mon vélo par manque de lucidité dû à la fatigue. Je n’ai plus de plaquette avant, mon bec de selle s’est fendu, je trouve qu’il y a du jeu dans ma fourche… Et je veux profiter du paysage.

Bientôt la fin

Une amie m’envoie un message me disant de profiter du lever de soleil sur les collines basques, « car ce sont les plus belles ». Cette amie est basque, je souris donc. Mais elle a raison. Les collines sont magnifiques, c’est peut-être bien les plus belles.

Lever de soleil sur les collines basques

Je manque d’eau et je n’ai plus rien à manger depuis plusieurs heures. Je trouve enfin une boulangerie salvatrice vers 10h. Je savoure.
Il me reste 70 km avant l’arrivée. Émotions, sentiments et ressentis complexes à l’idée de terminer cette aventure de 2200 km : plénitude, joie, peur, fatigue, soulagement, inquiétude.
Je profite du parcours et de la météo clémente.
Je n’ai plus pris de paracétamol depuis un certain temps et mon orteil me le rappelle de plus en plus intensément, mais je suis pressé d’arriver.

Les collines basques

Avant Saint-Jean-Le-Vieux, je retrouve Thibaut et Clément qui sont venus prendre des clichés. On discute au bord du chemin et je fais même un retour en arrière pour permettre à Clément de prendre une vidéo vue du ciel avec son drone.

J’atteins Saint-Jean-Pied-de-Port vers 12h. Un nouveau calvaire commence.
Je ne m’arrête pas ravitailler car je veux finir. Mais la fin du parcours est extrêmement dure, et je commence à être cuit. J’effectuerai les 45 derniers kilomètres en 3 heures en m’escrimant dans les courtes et violentes bosses à 15%.
Pétage de plomb : acte 3. Samuel se prend à nouveau plusieurs insultes. « Le final est plus roulant que l’année dernière ». Phrase entendue au briefing. Ça me rend dingue. Je trouve ça inhumain.
Je m’arrête pour reprendre des forces en bas de certaines bosses et je lis les messages de mes potes qui m’encouragent, et qui me donnent de la force. Manu, mon frère, Olivier, Vincent, Guiton Leguidon, Bruno, Caro, Benjamin…

Le moment que j’ai projeté des dizaines de fois pendant la course arrive vers 15h30, à Mendionde, les enfants et Cath sont là et parcourent les dernières dizaines de mètres avec moi. C’est ce dont je rêvais.

Family finisher ©Milopix

C’est la fin. Cette dernière journée fut épique, incroyable et très dure.
400 km et 8300 m de dénivelé positif en 34h.
J’ai l’impression d’être un héros pour quelques heures.
Je ne décrirai pas trop ce que je ressens à ce moment, car c’est difficile à expliquer, c’est très intense, et quelque part, je le garde pour moi. Mais tous les finishers de ce genre de courses doivent comprendre !

Just arrived ©Milopix

Pierre-Arnaud, premier du batch de vendredi et arrivé la veille, est là et m’offre un sandwich : la classe !
Je profite de ma famille, d’être assis sur une chaise ou par terre, et non plus sur une selle, de penser que je vais dormir dans un vrai lit. J’attends Benjamin mais il n’y a aucun réseau à Mendionde et il est donc difficile de savoir l’heure à laquelle il va arriver. A 19h, nous levons le camp car l’hôtel est loin et je ne tiens plus éveillé. Benjamin arrivera un quart d’heure plus tard.

Je termine premier de cette 2ème French Divide en 9 jours, 9 heures et 7 minutes.
Personne du batch de dimanche, parti 24h après moi, ne fera mieux. OK c’est pas une course, mais je suis fier du résultat final.
L’aventure fut belle.

1st Finisher ! ©Milopix

 

 

 

2 thoughts on “French Divide 2017 – Day 9

  1. Vraiment impressionnant. Merci pour ce magnifique récit et toutes les images/vidéos. Grâce à toi, on arrive bien à ressentir les difficultés d’une telle aventure.
    Bravo Sylvain, encore félicitions, tu as réussi un sacré exploit.

  2. Super CR ! Encore bravo pour ce beau brevet. 😉 Dommage que tu aies perdu pas mal de temps avec ce pneu car à mon avis tu aurais pu faire un beau trou dans le Morvan, hâte de voir ce que ça va donner avec des maxxis exo sur un prochain chrono. Tu sais au final combien d’heures de sommeil et de selle par jour ça fait ? Keep on riding.

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