Transcontinental Race No4 – Day 1

Transcontinental Race No4 – Day 1

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Un départ difficile

France, 461km, 4300 mD+, 24h50
vendredi 29 juillet


Le briefing est donné dans la grande salle qui a servi aux inscriptions. C’est un moment à la fois solennel mais aussi vraiment sympa avec tous ces riders qui ont mis leur casquette ! J’écoute attentivement malgré le mal de crâne terrible qui a commencé en début d’après-midi. Je ne me sens pas super bien. Je ne me sens pas légitime dans cette foule de coureurs qui ont l’air super préparés. Je me demande franchement ce que je fais là.
La présence de Cath et les enfants qui sont là avec moi est réconfortante.

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Briefing de la TCR No4

18h fin du briefing, tout le monde dehors. On va se dégourdir les pattes, monter à pied le fameux mur de Grammont et trouver un resto ou nous dînerons avec Bruno et Patrick, No32, vétéran de la TCR No3. Je n’ai pas faim et me force à manger, bref, je suis stressé.

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Début du mur de Grammont

21h30 rassemblement sur la place du marché. Je redoute ce moment où je vais me séparer de ma famille. Ça ne me pose aucun problème en temps normal, mais j’ai déjà connu ça sur d’autres gros événements  où il faut sauter dans l’inconnu. J’ai la gorge serrée et je profite de ces derniers instants comme si de rien n’était, en discutant en même temps avec 2 autres Frenchies.

22h00, le départ est donné, après tant de semaines de préparation. C’est à la fois un soulagement et un déchirement pour moi. Le départ est assez magique avec les encouragements du public et les flambeaux. Nous montons le mur de Grammont en pavés et en haut une foule nous acclame avec encore des flambeaux et des fumigènes. C’est un superbe moment. On repasse sur la place du marché, je revois très rapidement Cath et les enfants et cette fois-ci c’est le début de l’aventure. Ils vont me manquer. Je sais que cette tristesse va s’estomper au fil des heures.

A la fin de ce petit tour de parade obligatoire, je retrouve Bruno qui était parti devant. Je m’arrête déjà prendre une photo du coucher de soleil qui est magnifique. Ce n’est pas parce que c’est la TCR que j’ai l’intention de déroger à mes habitudes : m’arrêter régulièrement pour profiter des paysages, prendre des photos, et les poster, car je sais que nous sommes suivis par nos familles/amis !

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Coucher de soleil sur Grammont

A la sortie de la ville, on n’est déjà plus sur notre trace GPS. Ça se sépare en deux parties. On prend l’option gauche pour retrouver notre trace. Chose faite, on se retrouve sur une route barrée. Demi-tour. Ça commence bien. L’adrénaline liée au départ nous donne l’impression qu’on perd du temps, et met une pression, comme ce que l’on connaît sur les autres courses… plus courtes, beaucoup plus courtes. On se dépatouille pour sortir de la ville et cette fois-ci on est lancé. On double de temps en temps quelques concurrents, mais je suis surpris de ne pas voir beaucoup de riders. Assez vite on se retrouve vraiment seuls, ce qui m’étonne car on était quand même plus de 200 au départ. Je suis devant, Bruno est dans ma roue, ce qui n’est pas habituel. Bruno est silencieux, ce qui n’est pas habituel non plus. Je sens que c’est un mauvais signe mais préfère ne pas m’inquiéter pour le moment. Les routes ne sont pas en super état, et on se fait secouer. Je n’ai clairement pas passé beaucoup de temps sur le traçage de la partie jusque Clermont car la route me paraissait logique : tirer tout droit. On passe la frontière franco-belge sans même s’en apercevoir. On se retrouve à plusieurs reprises sur des portions de pistes à traverser des champs, dont une longue de quelques kilomètres assez défoncée. Je culpabilise un peu de ne pas avoir mieux préparé cette partie.

Les kilomètres défilent avec de temps en temps une traversée de village. Nous sommes au plein cœur de la nuit, à part quelques chiens qui aboient de temps en temps, c’est le calme le plus total qui caractérise la plage horaire 1h-4h du matin.

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Traversée de ville en plein cœur de la nuit, quelque part dans le Nord de la France

Vers 3h du matin nous décidons de nous arrêter dormir car ça commence à devenir compliqué de rester éveillé sur le vélo. Cela fait déjà 5h qu’on roule avec 120 km au compteur. On trouve chacun un banc dans un village. Bruno sort le sac de couchage, choix judicieux que je ne ferai pas, et j’aurai froid. Nous repartons à 4h45. Je n’imaginais pas faire un stop aussi long, mais après tout, c’est du sommeil emmagasiné pour la suite.

A 7h, nous nous arrêtons à la première boulangerie que nous trouvons ouverte pour le petit déjeuner. Je demande à Bruno comment il va. « Pas bien » me répond-il. Les routes en mauvais état du Nord l’ont secoué et lui ont fait mal au ventre. L’opération de l’appendice 3 semaines auparavant a laissé des traces. On savait que c’était risqué de prendre le départ, mais Bruno avait décidé de tenter, le médecin ne s’étant pas prononcé. Il me dit de suite qu’il pense abandonner, qu’il ne passera jamais les Alpes dans ces conditions. J’acquiesce, on en discute un peu, puis on repart. On refait le point sur le vélo, sa décision est prise. J’ai du mal à le croire. Je repasse devant, triste, les larmes aux yeux, même si je m’étais préparé à cette éventualité.

Au kilomètre 190, nous nous arrêtons. Je vais filer plein sud et Bruno va prendre à l’ouest pour rallier Paris. Je fonds en larmes. On en a tellement parlé de cette course… Mais pour moi pas question d’arrêter, je suis déterminé à aller le plus loin possible. Bruno a ces paroles réconfortantes qui me donneront immédiatement la force de continuer : « Tu peux le faire Sylvain, je vois que tu as un bon coup de pédale, tu peux aller au bout ». On se sépare. Je coupe son tracker et envoie un mail à l’organisation pour les prévenir.

Me voilà seul. Je me ressaisis vite. Il y a des avantages et des inconvénients à être en solo ou en « pair », je ne pense qu’aux avantages pour être dans une énergie positive.

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Direction plein sud en solo

J’avance bien dans la campagne française. Les conditions sont bonnes, il fait même très chaud. Pendant 200 km, le ravitaillement en eau va être tendu car je consomme beaucoup d’eau avec la chaleur. Je m’arrête dans les cimetières et demande à des habitants. Je ne traverse que très peu de grandes villes. Je finirai par trouver une supérette pour la pause déjeuner vers 13h, je commençais à être un peu inquiet !

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Le genre de petits sentiers « surprise » régulièrement rencontrés

Mon objectif de cette première journée est d’atteindre les bords de Loire, et j’espère le faire avant la tombée de la nuit. Je n’ai croisé absolument aucun rider de toute la journée. Et pour cause : en jetant un œil sur le tracking Freeroute, je m’aperçois que ma route est… originale puisqu’une grande majorité a fait le choix de passer plus à l’est. Soit j’ai fait un coup de génie, soit je n’ai pas optimisé ma route distance/dénivelé. J’opte plutôt pour cette 2ème option…

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La plupart des riders sont passés plus à l’est que moi

L’après-midi s’avère éprouvante avec la chaleur et la fatigue accumulée depuis le départ. Je m’arrête à deux reprises faire des micro-siestes qui s’avèrent assez réparatrices.

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Sieste !
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Seul dans la campagne française

J’atteins les bords de Loire vers 21h00, avec un magnifique couché de soleil sur la centrale de Belleville. Je consulte mon road-book, je vois que je peux pousser jusqu’à Cosne-sur-Loire. Je sais que par les bords de Loire c’est plat, il n’y a pas de vent, et que je peux donc espérer trouver un resto et un hôtel si je n’arrive pas trop tard.

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Centrale de Bellevile

J’enquille donc la piste cyclable à bloc, un peu trop même puisque je loupe l’embranchement qui doit m’amener à Cosne-sur-Loire. Je suis dégoûté… Demi-tour. 3 km de trop. Ce n’est pas grand chose, mais à ce moment là de la journée c’est pesant. J’arrive dans le centre de Cosne-sur-Loire vers 22h, je rentre dans la première pizzeria que je vois où il y a encore pas mal de clients. On me regarde bizarrement, normal. Je ne me sens pas très bien car j’ai forcé sur la fin et je suis vraiment fatigué. Je commande, je suis servi relativement rapidement, mais à cette heure-là tout est trop long. J’ai envie de dire aux serveurs « Je viens de Belgique, j’ai fait 460 km, vite vite je voudrais me coucher ! ». Je ressors du restaurant avec mes bidons remplis avec de l’eau et du sirop de fraise, et oui le patron m’a proposé gentiment ce petit agrément, quelle classe !

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La pizza du réconfort

Je quitte la pizzeria à la recherche d’un spot pour dormir. Le magasin de pompes funèbres me plait bien avec plusieurs tombes en en exposition. Planqué derrière celles-ci personne ne viendra m’embêter. L’idée me gêne quand même un peu. J’atterris sur une terrasse en bois d’un fast-food bio d’un mini centre commercial, pensant être tranquille pour la nuit. Je m’endors vers minuit et serai réveillé plusieurs fois par des jeunes trafiquant je ne sais quoi sur le parking adjacent. Et oui, à 2h du matin, c’est super fun de se donner rencard et de squatter les parking de ZC… A 3h15, je décide de lever le camp. Courte et mauvaise nuit… Inquiet pour le lendemain…

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Mon spot de la première nuit. Pas terrible…

 

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Route Day 1, France, 461km, 4300 mD+, 24h50

 

10 thoughts on “Transcontinental Race No4 – Day 1

  1. Beau début d’histoire qui me permet de mieux comprendre ce que tu as pu vivre à chacun de ces instants… lors de ta course je pensais à ce que tu pouvais rencontrer comme difficultés techniques et émotionnelles, à Cath, aux enfants et à la séparation, aux endroits insolites, risqués et inoubliables… bref une histoire que tu nous fais partager et qui nous ravi … next step 🙂

  2. Génial. On attend la suite. J’espère que tu vas au moins imprimer tout cela pour te faire un livre de souvenir (cela doit être possible d’obtenir qq chose de sympa pour un prix raisonnable)
    Question (bête): tu n’as jamais eu peur de te faire agresser ou voler le vélo pendant ton sommeil ??

    1. Il n’y a jamais de questions bêtes 🙂 Non à aucun moment je ne me suis senti en insécurité (à part peut-être un peu le premier jour en France). Mais tu comprendras pourquoi dans les prochains épisodes 😉

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